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● La Martinique avant les Européens
● 1502-1674 : La découverte de la Martinique et les débuts de sa colonisation
● 1674-1789 : L'heure de gloire de l'industrie sucrière et de la société esclavagiste
Du sucre, du sucre, du sucre...
L'industrie sucrière se développe rapidement : le nombre de sucreries passe de 119 en 1671 à 456 en 1742. Les surfaces cultivées en canne s'étendent, tandis que la concentration des terres se poursuit. Finalement, plus de la moitié des terres cultivées appartiendront à des grands propriétaires, les futurs békés. Les progrès techniques, tels que les moulins, accroissent la production. La rentabilité de la canne est aussi augmentée par la production de mélasses exportées brutes et de guildive.
La canne est la principale culture, mais il ne s'agit pas de monoculture : d'autres cultures sont introduites et accroissent la richesse de l'île mais ne perdurent pas. Le cacao est balayé par un cyclone, le café est vaincu par une invasion de fourmis, le coton martiniquais ne résiste pas à la concurrence, la culture des fruits et légumes n'est pas assez lucrative par rapport à la canne pour être durablement attractive. Les bovins, eux aussi, doivent céder leurs pâturages à la canne. La banane fait quant à elle son apparition en 1730, mais les autorités royales doivent l'imposer pour la faire vivre. La culture des fruits et légumes, de la banane (consommée autant comme fruit que comme légume) et l'élevage, sont nécessaires à la subsistance de la population, et en particulier à l'alimentation des esclaves. Cependant, malgré les mises en garde, les obligations et les sanctions, les colons ne se préoccupent pas beaucoup de nourrir leurs esclaves. Ils cherchent à se décharger de cette obligation et finissent par accorder aux esclaves la journée du samedi pour cultiver un lopin de terre pour leur subsistance sur l'habitation. En 1787, le quart des terres est cultivé en vivres.
Le développement des cultures nécessite la conquête de nouvelles terres. Peu à peu, le reste de l'île se peuple : Ducos dès 1682, le Lamentin en 1690, puis vient le tour du reste de la côte atlantique (le Robert en 1697, le François en 1694, et enfin le Vauclin en 1720), et du Gros-Morne, qui se spécialise dans la production du cacao. La population passe de 23 362 habitants en 1701 à 74 042 en 1738 puis à 89 300 en 1783.
Grâce au système de l'Exclusif, qui les exploite, les colonies font la richesse de la métropole, et en particulier des villes portuaires comme Nantes ou Bordeaux qui profitent du commerce direct avec les îles (aussi appelé commerce en droiture, il concerne le textile, les produits alimentaires, les matières premières telles que les matériaux de construction et les produits manufacturés) et du commerce triangulaire, c'est-à-dire du trafic négrier. De plus, l'Exclusif interdisant aux îles le raffinage du sucre, ce sont les les marchands et raffineurs de métropole qui en tirent des profits énormes. En 1789, la France fournissait la moitié du sucre consommé en Europe! Les armateurs, banquiers et gros négociants des ports français qui commercent avec les îles bâtissent des fortunes colossales. Leurs correspondants dans les îles, les commissionnaires, qui vendent à la fois les produits des négociants français aux colons et la production des habitations aux marchands français, se rendent vite incontournables, et, grâce à des marges confortables, s'enrichissent aussi considérablement. Ce système de l'Exclusif accroît encore le rôle de Saint-Pierre, puisque la Martinique étant le siège du gouverneur général, la ville est un passage obligé et accueille 90 % des navires en 1737, bien que Fort-Royal soit déjà la capitale administrative.
1717 : le « Gaoulé » des colons
Le Régent de Louis XV,
alors au début de son règne, entend renforcer encore le système colonial
et remédier aux entorses qui y sont faites, notamment au commerce en
contrebande avec l'étranger qui s'intensifie au cours des périodes où la
métropole, du fait des guerres notamment, ne parvient pas à ravitailler
correctement les îles. Les instructions qu'il donne à La Varenne, le nouveau
Gouverneur, et à Ricouart, l'Intendant, vont jusqu'à encourager les garçons et
les filles à se marier respectivement à 18 ans et 14 ans. Appliquées dans le
mépris des créoles, elles fâchent à peu près tout le monde.
La colère des colons explose lorsqu'en 1717, le pouvoir royal décide d'interdire
la création de nouvelles sucreries en Martinique, les quantités produites étant
trop importantes, compte tenu des invendus pendant la guerre qui sont mis sur le
marché après 1713. Après avoir renoncé, contraints et forcés, au droit de
raffiner le sucre en Martinique et aux profits qu'ils auraient pu en tirer, les
colons n'entendent pas se laisser priver de l'espoir d'accéder au statut
supérieur de sucrier. Le 17 mai, un groupe de révoltés kidnappe le Gouverneur
et l'Intendant au
Diamant. Dans le même
temps, 2 500 colons se rassemblent au
Lamentin, obligeant des officiers de
milice, dont Dubuc, riche propriétaire de
Trinité,
à marcher avec eux. Ils désignent Dubuc pour diriger l'île. Celui-ci tempère les
ardeurs des colons, qui parviennent cependant à expulser le Gouverneur et
l'Intendant. C'est le « Gaoulé » des colons. En fait, ils restent fidèles
au roi mais dénoncent par là les abus de l'Exclusif et revendiquent par la même
occasion une participation plus grande à la prise de décisions locales. Sous
diverses pressions, et face à la révolte générale (même la milice s'est jointe
aux colons) et au risque d'une révolte encore plus grande en cas de répression,
le roi décide finalement, contrairement à ses habitudes, d'amnistier les
responsables, à la surprise générale.
De la main d'oeuvre
Le développement de l'industrie sucrière repose sur le système de l'Exclusif, mais aussi sur la traite et l'esclavage. Pendant deux siècles, l'esclavage va « formater » la société martiniquaise. Il laissera une trace indélébile.
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