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1502 - 1674 : La découverte de la Martinique et les débuts de sa colonisation

 

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La Martinique avant les Européens
1502-1674 : La découverte de la Martinique et les débuts de sa colonisation
1674-1789 : L'heure de gloire de l'industrie sucrière et de la société esclavagiste

 

1502 : Christophe Colomb « découvre » la Martinique

Lorsque Christophe Colomb débarque sur l'île, sur la plage du Carbet, lors de son quatrième voyage, le 15 juin 1502, il y rencontre les Caraïbes.  Il la baptise, mais rembarque sans laisser de colons sur place. A cette époque, Espagnols et Portugais se partagent le Nouveau Monde, tandis que la France, empêtrée dans de longues guerres, a d'autres chats à fouetter. Les Espagnols tentent bien, à plusieurs reprises, de mettre la main sur les petites Antilles, mais les Caraïbes se montrent très tenaces. Pendant longtemps, seuls quelques navires y font escale pour se ravitailler avant de reprendre la mer, ce qui donne l'occasion aux Caraïbes de faire quelques échanges : cassaves de manioc, fruits et légumes contre pacotille et objets en métal.

Vers 1618, des Français, équipiers du capitaine Fleury, font naufrage près de la Martinique et trouvent refuge sur l'île. Ils y vivent pendant près d'un an, parmi les Caraïbes. A leur retour, ils en parlent avec enthousiasme, suscitant l'intérêt.

 

1635 : la colonisation en marche

Le 15 septembre 1635, Pierre Belain d'Esnambuc, qui a déjà fait de la colonisation de Saint-Christophe un succès, débarque en Martinique avec une centaine d'hommes expérimentés. Il fait construire hâtivement le Fort Saint-Pierre, ainsi qu'une habitation, et, après seulement deux mois passés sur l'île, retourne à Saint-Christophe. Il charge son successeur, Jacques du Pont, de maintenir la paix avec les Caraïbes.


Le 20 janvier 1637, après la mort de d'Esnambuc, son neveu et héritier, Jacques du Parquet, arrive en Martinique. Il est nommé Lieutenant Général de la Martinique par la Compagnie des Iles d'Amérique, propriétaire de l'île, chargée par le roi de la coloniser et d'en exploiter les richesses.
Petit à petit, une société se forme, composée de deux classes : celle des colons et celle des engagés, presque uniquement des hommes originaires des milieux ruraux du nord-ouest de la France. En 1640, ils sont environ un millier, installés sur la côte caraïbe, entre le Prêcheur et Case-Pilote. Leur priorité est de défricher les terres concédées par la Compagnie et d'y planter principalement du pétun (tabac), utilisé comme monnaie, et du coton. A cette époque, il n'existe pas encore de bourgs, les cases sont éparpillées le long de la côte et les conditions de vie sont difficiles.

Les Caraïbes voient d'un mauvais oeil cette intrusion, et se rebellent dès 1636 en attaquant Saint-Pierre. En 1639, ils signent avec du Parquet un traité de paix qui partage l'île dans le sens de la longueur, en deux parties à peu près égales. C'est chacun chez soi, ou presque.

La Compagnie joue un rôle central sur l'île. Elle est chargée de l'administrer, de la « développer » et de la défendre, mais elle détient également le monopole du commerce. C'est à elle que les colons doivent vendre leur tabac, et c'est auprès d'elle aussi qu'ils se procurent denrées alimentaires et outillage. Ce système de l'Exclusif est défavorable aux colons, qui, se sentant exploités par la Compagnie (qui par ailleurs n'est pas en mesure d'approvisionner l'île régulièrement), transgressent l'interdiction de commercer avec l'étranger en échangeant avec les Hollandais, et se révoltent en 1646 contre le paiement des droits à la Compagnie.

 

1650 : l'Apogée du règne de du Parquet

La Compagnie se rend finalement à l'évidence : elle est au bord de la faillite et a perdu le contrôle de la Martinique. En 1649, elle prononce sa dissolution et vend les îles. En 1650, du Parquet achète la Martinique. Le pouvoir royal, mis devant le fait accompli, nomme du Parquet Gouverneur et Lieutenant Général (c'est-à-dire représentant du roi). C'est le début de l'ère des Seigneurs propriétaires, qui durera jusqu'en 1664.

En 1650, au Brésil, l'industrie du sucre est déjà très développée, mais en Martinique, toutes les tentatives échouent ; on n'arrive pas à faire du sucre. En 1654, des Hollandais, chassés de ce pays par les Portugais, apportent en Martinique la canne à sucre, les procédés de fabrication et de raffinage ainsi que les moules qui servent à la cristallisation. Du Parquet est le premier à ouvrir une sucrerie. Quinze ans plus tard, on en compte 117 sur l'île. Dès 1660, le sucre devient une monnaie. La révolution du sucre accélère le déclin du tabac. Parce qu'elle nécessite la culture de grandes parcelles de canne, des capitaux importants et une main d'oeuvre abondante, elle provoque un remembrement des terres cultivables, donne naissance aux habitations, et surtout, engendre la mise en place du système esclavagiste. La société martiniquaise change alors de visage.

Le besoin de terres nouvelles motive également l'expulsion et le massacre des Caraïbes, après la mort de du Parquet, en 1658. C'est un véritable guet-apens que les colons organisent à l'occasion d'une visite habituelle d'un groupe de Caraïbes à Saint-Pierre. Les colons prennent cet incident comme prétexte pour déclarer la guerre aux Caraïbes, qui, surpris, sont massacrés au cours d'expéditions armées. N'ayant jamais pu réduire les Caraïbes en esclavage, ni les convertir au catholicisme, ils ont préféré les exterminer.  C'est la fin d'une longue période d'hostilité entre les deux camps. Il reste bien quelques dizaines de Caraïbes à la Caravelle et aux Salines à Sainte-Anne, mais les colons qui investissent les lieux les chassent rapidement. Une fois les Caraïbes expulsés, des colons s'installent dans le nord-est de la Martinique. Peu à peu, de nouvelles communes apparaissent : Sainte-Marie, le Marigot, Basse-Pointe...

 

1664 : la Martinique passe aux mains de la Compagnie des Indes Occidentales

L'augmentation de la population de l'île et les nouveaux besoins en matériel et en main d'oeuvre développent le commerce, mais ce sont les Hollandais, mieux armés pour les échanges que les marchands français, qui en profitent et assurent ainsi le développement de l'île. La Martinique doit d'ailleurs beaucoup aux Hollandais puisque sans l'aide de quelques uns de leurs navires arrivés inopinément en rade de Saint-Pierre, la ville n'aurait sans doute pas résisté à une attaque des Caraïbes, auxquels s'étaient joints des marrons, en 1654. Et n'oublions pas que les Hollandais ont livré aux colons martiniquais le secret du sucre!

Mais Colbert ne voit pas les choses ainsi. Il s'inscrit dans la pensée mercantiliste de l'époque et considère que la puissance d'une nation se mesure par le stock de métaux précieux et de monnaie, dont il faut à tout prix empêcher la sortie et au contraire favoriser l'entrée. Les colonies doivent donc fournir à la métropole des produits à bas prix qui seront transformés dans l'hexagone et exportés vers d'autres pays. Colbert met en place une politique protectionniste, le temps de développer une flotte marchande française capable de rivaliser avec la flotte hollandaise. Pour mettre fin aux troubles internes et aux menaces des autres nations présentes dans cette zone et ainsi assurer la stabilité nécessaire au développement de la production et du commerce, il décide en 1664 de racheter les îles aux Seigneurs propriétaires et d'en confier la gestion à la toute nouvelle Compagnie des Indes Occidentales.

Le commerce avec la Hollande est interdit mais la Compagnie ne parvient pas à remplir son rôle, c'est-à-dire à approvisionner l'île et à vendre sa production en métropole. Dès 1664, on manque de tout à la Martinique. Les colons, qui doivent en plus supporter l'avarice des commis de la Compagnie, ne tardent pas à exprimer leur colère. De graves troubles éclatent. Le Gouverneur et la Compagnie ont aussi à faire face à la première grande révolte des marrons, menée par 200 à 300 individus. Les débuts sont donc pénibles pour la Compagnie.

La période de la Compagnie est en quelque sorte une période de transition entre la période des défricheurs et celles de la révolution sucrière qui entraîne le développement de la société esclavagiste. Elle est marquée par le développement des habitations et du peuplement de l'île. En 1671, on dénombre 1 086 habitations contre 684 en 1664. La plupart se trouvent sur la côte caraïbe de l'île, entre Case-Pilote et le Prêcheur, mais les zones allant de Trinité à Basse-Pointe, entourant le Marin ou Fort-Royal (l'actuel Fort-de-France), qui apparaît en 1669, se développent rapidement. Seuls la côte sud atlantique et le centre de l'île sont encore inhabités. Peu à peu, une bonne partie des terres est accaparée par les plus gros propriétaires sucriers et la canne, qui rapporte cinq fois plus, relègue le tabac au rang de production secondaire. Dans le même temps, le nombre d'habitants passe de 6 062 à 10 600, principalement du fait de l'entrée en Martinique de milliers d'esclaves.

En 1666, lorsque le Gouverneur de Clodoré décide d'intensifier la garde de jour face à la menace des Anglais, les colons se révoltent de nouveau, obligeant de Clodoré à faire intervenir la milice.

Presque au même moment, la guerre ayant été déclarée entre la France et l'Angleterre, une flotte anglaise attaque pour la première fois Saint-Pierre, qui réussit à repousser l'ennemi. Les Anglais récidivent en 1667, mais ne parviennent toujours pas à débarquer.

Les îles étant devenues stratégiques dans la lutte qui oppose les grandes puissances européennes, Colbert décide de renforcer le potentiel militaire de la Martinique. Il constitue en 1669 un gouvernement général des îles françaises d'Amérique dont il installe le siège en Martinique, ce qui favorise le développement de l'île. Il rattache aussi les îles directement au ministère de la marine, renforçant ainsi l'autorité royale sur les colonies. Enfin, il accorde la liberté du commerce avec les îles pour tous les Français, tout en interdisant aux navires étrangers d'accoster dans les îles françaises. L'effet de cette mesure est rapide : les marchands et armateurs s'intéressent aux îles et en 1672, 86 vaisseaux de la marine marchande française assurent le trafic.

La France, qui a désormais les moyens de lutter commercialement avec les Hollandais, dispose aussi d'une flotte de guerre importante. Un millier de soldats des troupes royales s'installent par ailleurs en Martinique en 1672 pour renforcer la milice. Le roi informe le Gouverneur de Baas de son intention de déclarer la guerre à la Hollande et le presse d'achever les travaux de fortification de Fort-Royal. La Martinique est prête, juste à temps : en 1674, une flotte hollandaise considérable de 3 400 marins et 4 000 soldats, commandée par l'amiral de Ruyter, l'un des plus grands marins de son époque, se trouve devant Fort-Royal. C'est le début de la plus grande bataille de l'île, marquée par une suite invraisemblable de quiproquos qui la rendent finalement très comique. Contre toute attente, la Martinique reste française.

L'entreprise de Colbert a réussi : l'industrialisation est en marche, le commerce est florissant et la Martinique est promise à un bel avenir. Cependant, la Compagnie des Indes Occidentales, d'ailleurs au bord de la faillite, n'a pas rempli sa mission et n'a en rien aidé à la réalisation du projet du pouvoir central.  Le roi décide donc de la dissoudre en 1674, la rachète pour la valeur de ses dettes, et fait passer les îles lui appartenant, dont la Martinique, sous l'administration royale.

 

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